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OMMUNAUTÉ DE L’ I.H.E.D.N.

 

L’IHEDN consolide une véritable communauté composée de trois acteurs aux rôles complémentaires, soudée et coordonnée :

  • L’Institut lui-même au cœur des actions de formation et d’information ;
  • Les auditeurs et plus particulièrement les associations qui les réunissent ;
  • Le fonds de dotation qui recueille les ressources et anime des chaires et des séminaires.

 


Intervention de l’Amiral François Dupont lors du Forum des Auditeurs à Aix en Provence vendredi 9 décembre 2016. Les associations d’auditeurs dont l’AA ont aussitôt après présenté leurs contributions sur la thématique transverse, la mer.

 

La mer c’est aussi…

Chers Amis,

 

Aujourd’hui, nous allons partir en mer
Partir vers ces millions de nautiques carrés
Qui font de l’empire maritime de France
L’un des premiers au monde

 

Partir vers tous ces océans et vers toutes ces mers
Sur lesquels le soleil français ne se couche jamais

 

Partir pour dire quelle est l’économie de la mer
Partir pour apprécier
Nos enjeux,
Nos faiblesses
Notre puissance

 

Mais le marin que je suis
Et que je suis dans mon être de plus en plus
Souhaite vous dire ce matin
Qu’au-delà des chiffres
Au-delà des projets
Au-delà des programmes
Au-delà des euros
Au-delà des équivalents temps plein
Au-delà des équivalents vingt pieds

 

Qu’au-delà de tout cela il y a
La mer

 

La mer
C’est
Un sous-marin qui appareille
Le dimanche soir dans la tempête
Et embouque les coureaux de Groix

 

L’officier de quart
Trempé sous les embruns
N’attend qu’un seul moment
Celui de la plongée vers les abysses
Où règne le calme des grandes profondeurs

 

La mer c’est aussi
Un catamaran qui quitte la baie de Fort de Franc
Et glisse
Poussé par un bienveillant alizé
A moins que ce soit un 35 pieds
Qui voit disparaître le lagon de Nouméa
Et espérer l’Ile des pins

 

La mer c’est
Auguste Piccard, le grand-père de Bertrand,
L’homme du Solar Impulse
Dont le batiscaphe bat le record de plongée
10 916 mètres

 

10 916 mètres
Une pression sur la sphère de plus de 1 000 bars !
Et pourtant il y a encore de la vie à cette profondeur

 

La mer est impénétrable
Beaucoup moins accessible que le ciel et l’espace
Est-ce pour mieux garder le secret
De la naissance de l’homme ?

 

La mer c’est Le Titanic
Insubmersible
Mais en mer on n’est jamais insubmersible

 

Qui heurte un iceberg
Et fait naître des actes de bravoure
Ou de moins de bravoure…

 

Triste souvenir du Concordia

 

La mer c’est un jeune pilote
A bord du Charles de Gaulle
Qui vient de saluer
Il est paré pour le catapultage
Dans le vacarme de ses deux réacteurs
Lancés à pleine puissance
Première étape d’une longue mission
D’appui aux forces
Qui luttent contre Daech

 

La mer c’est un sauvetage
En mer
En Méditerranée
La mer qu’on voit danser le long des golfes clairs !
Des golfes sombres oui !
La mer furieuse qui prend
A ses deux fils tout joyeux d’embarquer
Un père qui avait trop confiance

 

La mer
C’est cette grande scientifique
Me disant que l’on ne connaît
Que 30% du volume des mers
Et que l’avenir de l’homme
Est peut-être
Dans les 70% à découvrir

 
La mer c’est une plage
Que la marée envahit
Et puis abandonne
Et puis envahit à nouveau
Depuis des siècles
Et pour des siècles encore
Sans se soucier
De l’écume du monde
Sans s’inquiéter
Des désordres humains
La marée comme la vie
Qui vient
Qui s’en va
Et qui revient

 

La marée
Rassurante

 

La mer c’est ce sixième continent
Constitué de déchets imputrescibles
En dérive
Quelque part dans le Pacifique nord

 

La mer c’est le pétrole à grande profondeur
Et le génie de l’homme qui
Descend, tous les jours,
De plus en plus profond
Richesse
Ou risque immense ?

 

La mer c’est le naufrage de l’Amoco Cadiz
Qui fait que l’on trouve
De superbes homards
Nourris de son fuel lourd

 

La mer c’est le chemin
Entre le monde à fuir
Et ce qu’il croit eldorado
La mer du migrant
A la fois fossé
Et lien entre misère
Et monde des riches

 

La mer
C’est la mer cruelle
Qui engloutit Tabarly
En une seule seconde
Alors qu’il l’a tant aimée
Et qu’il lui a tout donné

 

La mer c’est le Jules Verne
Et ses 16 000 containers
La mondialisation sous nos yeux
Puissante
Et fragile à la fois

 

La mer c’est un sous-marin nucléaire
Qui hume l’air de Brest
Après 70 jours
Sans voir le soleil
Au service de la France

 

La mer c’est la grande pèche
Et la pêche côtière
Des conditions de vie que nul ne peut envier

 

Mais la passion l’emporte
Au-delà des générations

 

La mer c’est le souffle chaud du désert
Qui fouette le visage du midship
A bord de la Jeanne d’Arc

 

Dans quelques heures
Dakar

 

La mer c’est Armel Le Cleac’h
Qui pousse sa machine
Et ne va pas dormir
Pour dévaler en quelques semaines
Le tour de la terre
Des conditions épouvantables
Et pourtant il ne faiblit pas

 

La mer ce sont de grands moulins à vent
Qu’un jour peut-être la mer engloutira

 

La mer c’est aussi
Le lever du soleil
Après une nuit de tempête
A quatre nœuds
Avec un seul objectif

 

Survivre

 

La mer, c’est un bateau
Tout petit ou énorme
A bord duquel tout est
Responsabilité
Et solidarité

 

La mer pour le marin
C’est le temps long
Le temps de la réflexion

 

La mer, la mer, la mer
Sensation de l’infini
Mais il faut s’arrêter
La mer
Sentiment de plénitude
La mer
L’idée de notre fragilité

 

Mais la mer nous appelle*
Alors
Larguons les amarres

 

 

François Dupont

Aix en Provence le 9 décembre 2016