ARTICLES écrits par Frédéric Mauro (AA58) et Olivier Jehin sur l’Europe de la Défense

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Ces éclairages font partie d’une série de 5 textes rédigés par Frédéric Mauro et Olivier Jehin, sur le concept d’armée européenne. Ces textes traduisent l’opinion de leurs auteurs mais ne reflètent pas nécessairement la position du GRIP. Le GRIP a décidé de les diffuser, avec l’IRIS, en tant que contribution constructive au débat nécessaire sur l’avenir d’une défense européenne commune.

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Une armée européenne sous quelle forme ?
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Les termes « armée européenne » suscitent immanquablement des images de soldats sous le même uniforme et sous la même bannière. En réalité, une « armée » est bien plus qu’un ensemble de soldats. C’est tout ce qui permet à ces soldats d’agir, à savoir : un budget conséquent, des ordres clairs, des équipements efficaces et une organisation industrielle et technologique capable de les fabriquer. C’est tout cela à la fois qu’il faudra réunir si l’on veut donner corps au rêve d’une armée européenne.

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Des objectifs de défense communs et une planification efficace

 

À la naissance d’une armée ou d’une alliance, il faut s’accorder sur deux points : des objectifs de défense clairement définis, ce que l’on appelle communément Livre blanc ou concept stratégique et, dans la foulée, un plan de construction de l’outil de défense jugé nécessaire pour atteindre ces objectifs, ce que l’on appelle la planification de défense.

C’est la raison pour laquelle la première chose à faire dans la perspective de la création d’une armée européenne serait que les États de l’Union ou, à défaut, ceux parmi eux qui constitueraient un Eurogroupe de défense (voir tribunes « Une armée européenne dans quel cadre ? » et « Une armée européenne avec qui ? ») s’accordent sur un document de référence explicitant les objectifs poursuivis. Pour tenir compte de l’évolution du contexte stratégique et des missions qui en découlent, ce document devra être révisable dans le temps. Mais surtout il devra être crédible et refléter une réelle volonté de réaliser l’ambition affichée.

Il ne devrait pas s’agir d’une « stratégie globale » et encore moins d’un document volumineux à l’instar des Livres blancs français et britanniques. Ce type de document présente l’inconvénient de longues négociations qui pour contenter tout le monde conduiraient inévitablement à diluer les priorités et à rester flou quant aux moyens à mettre en œuvre. Il serait plus efficace de viser un « concept stratégique » d’une dizaine de pages, à l’image de celui de l’OTAN, renouvelable chaque fois que le besoin s’en fait sentir.

Si cette étape cruciale est franchie, il faudra ensuite amender le processus de planification de défense européen afin de le rendre efficace, ce qui est loin d’être le cas actuellement. De ce point de vue, la question la plus épineuse à résoudre est celle de la coexistence d’un tel processus de planification avec celui de l’OTAN.

En effet, la raison pour laquelle les États membres se satisfont d’un processus défaillant tient au fait qu’ils ne veulent surtout pas d’une troisième « liste de commissions » en plus de leur liste nationale et de celle de l’OTAN. C’est pourquoi, sans clarification préalable de la relation entre la défense européenne et l’Alliance atlantique, toute tentative d’amélioration serait vouée à l’échec.

Il s’agit d’abord pour les Européens de savoir s’ils veulent faire quelque chose en dehors de l’Alliance, mais parfaitement compatible avec cette dernière – recentrée sur sa mission première de défense collective euro-atlantique – en développant une véritable capacité autonome de gestion des crises en dehors du territoire de l’Union.

En complément, ces mêmes Européens devront faire le choix, ou non, d’assumer, de façon intégrée, leur défense commune, en offrant un pilier européen à la défense collective de l’Alliance atlantique. Si tel est leur choix, la question de l’extension de la garantie nucléaire française à l’ensemble des membres de l’Eurogroupe de défense se posera. Une telle clarification effectuée, tout redevient possible.

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Un budget commun

 

Pecunia nervus belli. L’argent est le nerf de la guerre. Sans argent pas d’armée. C’est donc par là qu’il faut commencer. Or le financement de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) sur une base intergouvernementale a montré ses limites. Le principe selon lequel les États membres supportent les coûts des opérations qu’ils mènent au nom de l’Union s’est traduit par une réticence de plus en plus forte à mener de telles opérations.

Il faut donc assurer le financement en commun des opérations décidées en commun. Il s’agit également d’assurer l’équité du partage du fardeau entre les États membres. Le financement ne peut pas dépendre de la bonne volonté de chacun, de la conjoncture budgétaire ou de l’orientation politique du moment. La seule solution réaliste est celle d’un budget commun dont le financement serait assuré sur la base d’une clef de répartition proportionnelle. À l’instar du budget général, ce budget serait soumis au contrôle parlementaire, selon des modalités qui découleraient du modèle institutionnel suivi.

Au demeurant, les premiers éléments d’un budget européen de défense sont en voie de constitution. Dans le projet de cadre financier pluriannuel pour 2021-2028, trois sources de financement sont prévues en matière de défense. Il s’agit du fonds européen de défense (13 milliards EUR sur sept ans) et des crédits affectés à la « mobilité militaire », c’est-à-dire à l’interconnexion en Europe continentale (6,5 milliards EUR sur sept ans). À ces deux premières lignes du budget communautaire, s’ajoute un troisième instrument en dehors du budget de l’Union : la « facilité européenne pour la paix ». Il s’agit d’un accord international dont les modalités seront arrêtées par les États participants et ne seront donc pas soumises aux limitations des traités. Cette facilité devrait permettre de financer les opérations extérieures et les mesures de renforcement des capacités des partenaires de l’Union. Selon la proposition de la Haute représentante, cette facilité devrait être dotée de 10,5 milliards EUR sur sept ans. Ses modalités sont en cours de négociation.

Pour compléter ce dispositif budgétaire, il faudrait y ajouter un instrument permettant une acquisition de capacités communes par l’Union, telles que des infrastructures (bases, centres d’essais, centres de recherche…), des réseaux de communication, des systèmes de systèmes ou des équipements communs tels que les avions de guet aérien, des ravitailleurs, des drones ou des satellites et d’une façon plus générale tous les systèmes pour lesquels la mutualisation présente un avantage, ne serait-ce que parce que les coûts afférents sont prohibitifs pour un seul État. Ce n’est qu’en unifiant la demande que l’on arrivera à défragmenter l’offre, ou pour le dire autrement à ne plus avoir dix-sept programmes de blindés ou trois types d’avions de combat. L’expérience a montré que les États européens étaient incapables de progresser dans cette voie sur la base de la coopération et que l’acquisition de capacités communes, à l’instar des satellites Galileo était la meilleure solution.

Enfin, il serait souhaitable de réunir tous ces instruments au sein du budget européen, dans un chapitre spécifique afin de permettre l’exercice par le Parlement de sa compétence sur l’ensemble ainsi que le contrôle de la Cour des comptes européenne. Mais cela ne pourrait fonctionner que si tous les États membres acceptaient de participer à l’armée européenne.

Comme c’est très peu probable, il faudra nécessairement dissocier les instruments communautaires actuellement envisagés dans le budget général sous l’autorité budgétaire du Conseil et du Parlement européen et établir un autre budget défenseopérations-acquisitions pour l’Eurogroupe de défense constituant cette armée, avec un contrôle parlementaire adapté à cet ensemble.

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Une capacité décisionnelle

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Pour décider de ce budget et de l’emploi que l’on en fait, il faut une architecture décisionnelle claire. D’autant que la défense ne se prête pas à la tergiversation. En cas d’urgence, il faut intervenir vite. C’est pourquoi le cadre de décision doit être robuste et légitime. Les militaires ont un besoin absolu de savoir qui leur donne des ordres et à qui ils doivent rendre compte de leur exécution.

Évidemment la question se pose de façon très différente selon que l’on se place dans le cadre des institutions actuelles ou dans celui d’un Eurogroupe de défense.

Si l’on souhaite rester dans le cadre des traités actuels, plusieurs modifications seraient nécessaires pour aboutir à la création d’une authentique capacité décisionnelle. On peut par exemple imaginer que le Conseil européen se réunisse dans plusieurs configurations dédiées à la sécurité : chefs d’État et de gouvernement, ministres des Affaires étrangères ou ministres de la Défense. Le terme sécurité renvoie ici à l’ensemble des actions militaires ou civilo-militaires ayant pour finalité la défense de l’Union, de ses États membres et de ses citoyens.

Dans ses deux premières configurations, ce Conseil européen de sécurité aurait la responsabilité de toutes les décisions de nature institutionnelle et budgétaire. C’est également lui qui adopterait le concept stratégique et déciderait le lancement de toute opération majeure ayant pour finalité la défense commune. Il nous semble indispensable que ces décisions soient prises à la majorité qualifiée. Toutes les autres missions et opérations découlant du concept stratégique, en particulier de type expéditionnaire (gestion de crise, stabilisation, lutte contre le terrorisme, etc.) seraient également prises dans ce cadre, mais resteraient soumises à la règle de l’unanimité, chaque État conservant dans ce cas un droit de véto sur la mobilisation de ses propres forces.

En formation des ministres de la Défense, le Conseil européen de sécurité serait plus particulièrement chargé de la planification de défense et de l’exécution des décisions relatives aux opérations. Il bénéficierait pour cela du soutien d’un ministre européen de la Défense ou Haut représentant/vice-président de la Commission européenne placé à la tête d’un département de la défense comprenant un quartier général complet, incluant un commandement de la planification et un commandement des opérations, ainsi que l’ensemble des fonctions de sécurité et de défense actuellement assumées par le SEAE et à travers lui le comité militaire de l’UE et l’état-major de l’UE. L’agence européenne de défense et une agence européenne d’acquisition lui seraient rattachées. Il se verrait enfin attribuer un portefeuille de la sécurité (hors sécurité intérieure) et de la défense au sein de la Commission réunissant au minimum la recherche de sécurité, le fonds européen de défense, et la mobilité militaire.

En l’absence d’un accord sur une révision des traités assurant une participation de tous les États de l’Union, il appartiendrait aux États participants à l’Eurogroupe de défense de mettre en place un schéma analogue, avec un Conseil se réunissant en trois formations distinctes et appliquant les modalités de vote précitées. Cet Eurogroupe devrait disposer d’un secrétariat et d’un quartier général permanent, comprenant un commandement de la planification et un commandement des opérations. L’ensemble serait placé sous l’autorité politique du président du Conseil de l’Eurogroupe de défense, chargé de l’exécution de toutes les décisions du Conseil. La coopération de cet Eurogroupe avec l’UE serait facilitée par l’attribution à un commissaire européen d’un portefeuille réunissant la sécurité (hors sécurité intérieure) et la défense.

Le Parlement européen ou une structure parlementaire ad hoc devrait être étroitement associé aux décisions les plus importantes, telles que le lancement d’une opération. Cette dimension parlementaire est une condition essentielle de la légitimité du système et des décisions qu’il prend. Au sein du Parlement européen, cela nécessiterait que l’actuelle sous-commission sécurité et défense soit élevée au rang de commission à part entière.

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Une capacité opérationnelle

 

C’est sans doute ici, où la méprise entre ce que pourrait être l’armée européenne et ce qu’elle devrait être est la plus grande. En effet, si armée européenne il doit y avoir, il ne s’agit pas de fusionner les forces nationales sous le même uniforme, mais de les mettre en capacité de combattre ensemble, si besoin en les spécialisant.

Là encore, il faudrait distinguer les hypothèses selon que la réforme interviendrait dans le cadre des traités ou bien dans celui de l’Eurogroupe.

Dans tous les cas de figure, Il faudrait réexaminer l’utilité de toutes les structures existantes : Brigade franco-allemande, Eurocorps, Euronav Corps, battlegroups, etc.

Au-delà de ce réexamen, trois axes d’effort nous semblent envisageables.

Le premier serait la mise ne place d’une chaîne de commandement exclusivement européenne, ce qui suppose un quartier général civil-militaire digne de ce nom. Il serait doté en personnels et équipé en matériel de façon à pouvoir assurer le Command and Control (C2) des forces européennes. Il aurait à sa tête un commandant en chef des forces européennes. Le commandement européen doit être capable de faire de la planification opérationnelle à froid et de conduire l’ensemble des missions définies par le traité de Lisbonne, y compris les plus exigeantes. Il pourrait avoir autorité sur des groupements de forces comme l’Eurocorps, qui est un état-major interarmées projetable, ou sur des capacités communes qui seraient dédiés à l’Union européenne.

Il faudrait ensuite, et bien évidemment, une armée au sens strict du terme, c’est-àdire des forces permanentes. C’est la seule façon réaliste de parvenir à ce que la génération de forces se déroule de façon fluide et rapide, car elle dépendrait alors du commandement européen et non plus des commandements nationaux. C’est une étape cruciale sur le chemin de l’intégration qui ne pourra se faire sans une étroite implication des états-majors nationaux.

Si l’objectif est clair, convenons que sa réalisation est complexe. Toutefois, on peut imaginer plusieurs solutions, parmi lesquelles figurent l’assignation de certaines forces multinationales existantes à l’Union, sous le commandement du quartier général européen ; la faculté pour les États qui le peuvent d’affecter une ou plusieurs unités ou capacités à l’Union ou encore la constitution d’unités ou de modules capacitaires spécialisés à haute réactivité financées par le budget commun et placés sous le commandement européen. Des solutions analogues peuvent s’appliquer dans le cadre d’un Eurogroupe. Mais, que l’on reste dans le cadre des traités ou que l’on établisse un Eurogroupe de défense, ces solutions ou leur combinaison ne seront viables que si le comité militaire de l’UE ou une réunion des chefs d’état-major des pays de l’Eurogroupe de défense en assume la paternité. C’est un point nodal que les militaires européens doivent dénouer ensemble.

Enfin, il faudrait veiller à développer une culture stratégique commune. Cela pourrait passer par la création d’une Académie européenne de défense, financée sur le budget de l’Union, qui assurerait la formation des officiers supérieurs européens, mais aussi par des entrainements communs fréquents. Il faudrait également renforcer la capacité d’analyse des situations européenne, autrement dit le centre de renseignement européen (IntCent). Enfin, l’initiative européenne d’intervention devrait naturellement être intégrée à ce dispositif.

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Une capacité industrielle

 

Si l’objectif est bien de parvenir à assurer l’autonomie stratégique, il est nécessaire que l’Europe entretienne une base industrielle capable de développer les technologies critiques pour les capacités clefs. Ce ne sera le cas que si les États membres adoptent une planification de défense commune. Dans cette perspective, il serait souhaitable de mettre en place un commandement pour la planification de défense, en charge de la prospective de défense et capable d’exprimer les besoins capacitaires de l’Union européenne. L’amélioration de la planification de défense européenne doit se traduire par la mise en place d’un cycle de planification européen et d’une feuille de route capacitaire unique, cohérente avec celles des États membres et celle de l’OTAN.

Il est nécessaire que les Européens conduisent la recherche de défense ensemble ou à tout le moins de façon coordonnée. Cela passe par la mise en réseau des agences de recherche et des organisations de recherche à travers une AED qui devra être refondée, ou d’une agence dédiée capable d’assurer la cohérence et l’efficacité des efforts consacrés à la recherche et au développement technologique. Cette agence serait responsable d’établir un agenda stratégique de recherche pour l’Union.

Il faut également que les États européens développent et acquièrent ensemble leurs équipements militaires. Pour cela, il est nécessaire que les Européens s’accordent enfin sur des normes et des spécifications communes et respectent en tout état de cause les règles qu’ils se sont eux-mêmes fixés dans le cadre de la directive de 2009 sur les marchés publics de défense. Mais il faudrait également que l’Union ou à défaut l’Eurogroupe de défense puisse acquérir des capacités propres. Les acquisitions conjointes des États membres comme les acquisitions de capacités propres par l’Union nécessitent, outre une planification commune, la création d’une agence d’acquisition et de conduite des programmes qui pourrait être l’OCCAR (l’organisation conjointe de coopération en matière d’armement) à condition toutefois de l’européaniser, ce qui pourrait être fait par une fusion avec l’AED.

Enfin, soutien et maintien en conditions opérationnelles communs doivent devenir la norme. Cela passe par une mise en commun des structures qui doit être prévue dès le lancement des programmes. Ceci est particulièrement nécessaire dans le domaine aéronautique, où le coût du soutien est deux fois supérieur à celui de l’acquisition. Une stratégie commune, soutenue par un budget commun, mise en œuvre par une chaîne de commandement claire et efficace, capable de commander une capacité militaire autonome, utilisant des équipements européens, c’est en substance ce à quoi devrait ressembler une armée européenne.

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Conclusion

 

Armée européenne, armée des Européens, défense européenne, défense commune, Union européenne de défense, Eurozone de défense ou encore comme nous le préconisons, un Eurogroupe de défense, tous ces termes convergent vers la même idée : une défense de l’Europe, par l’Europe et pour l’Europe, ce qui suppose de disposer d’une capacité militaire autonome et intégrée pour défendre nos propres intérêts, si besoin par la force.

Jusqu’à présent, la défense de l’Europe a été effectuée en grande partie par les Américains. Mais les temps ont changé. Ceux-ci ne souhaitent plus payer pour une défense dont ils estiment, à juste titre, qu’elle devrait être assumée par ceux qui en bénéficient et, à tort, qu’elle a pour eux plus d’inconvénients que d’avantages. Ils demandent donc aux Européens de prendre en charge leur propre défense. Et ils ont raison, car l’on n’est jamais mieux défendu que par soi-même.

Certains Européens continuent d’avoir peur d’une armée européenne parce qu’ils craignent qu’elle conduise les États-Unis à leur retirer sa protection. Mais peut-on encore, après ce qui s’est passé lors du dernier sommet de l’OTAN à Bruxelles, après l’annonce de la suspension de l’application du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), après l’annonce du retrait des troupes américaines de Syrie et après le départ de Jim Mattis, écarter l’hypothèse où les États-Unis sortiraient de l’Alliance atlantique ? Et s’ils le faisaient, cela rendrait-il moins nécessaire l’armée européenne ?

Pour l’instant Donald Trump se sert de l’OTAN pour gagner des avantages commerciaux et semer la zizanie en Europe. S’il venait à se réaliser, le projet d’un « fort Trump » en Pologne signifierait la consécration d’une approche bilatérale sur des bases transactionnelles. Les États-Unis ont aussi pris l’habitude de soumettre les grandes entreprises européennes à l’extraterritorialité de leur droit et au racket de leur administration judiciaire. Non seulement ils entendent dicter aux Européens la conduite de leur politique étrangère et de leur politique commerciale, mais ils leur imposent encore avec qui ils peuvent conclure des traités et à qui ils peuvent acheter du gaz ou du pétrole.

Cette situation n’est plus acceptable. Les Américains, sont nos amis et nos alliés. Et nous souhaitons rester les leurs. Mais nous ne sommes pas leurs vassaux et n’avons pas vocation à le devenir.

C’est pourquoi, l’armée européenne n’est pas une option, c’est une nécessité. C’est le choix de la dignité, de la liberté et du refus de la soumission. À nous d’y mettre les moyens.

Auteurs
Frédéric Mauro est chercheur associé au GRIP et avocat au barreau de Paris et au barreau de Bruxelles, spécialisé dans les questions de stratégie et de défense européenne, ainsi que celles relatives à l’équipement des forces armées.
Olivier Jehin est journaliste indépendant, collaborateur du blog Bruxelles 2 (B2)

Source de l’article: Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité (GRIP)
13 février 2019

 

 

Une armée européenne avec qui ?
(4/5)

 

 

La constitution d’une armée européenne intégrée et capable d’agir de façon autonome impose de répondre à la question de savoir « avec qui » ? Quels États européens en seraient les fondateurs ?

Pour répondre à cette question, en s’éloignant des circonstances politiques qui sont susceptibles de changer à tout moment, posons le postulat qu’il existe dans toute construction institutionnelle complexe – c’est-à-dire formée d’entités inégales, qu’il s’agisse d’une simple copropriété, d’un État fédéral ou de l’Union européenne – un triangle d’incompatibilité entre les principes d’unité, d’efficacité et d’unanimité : on ne peut satisfaire que deux de ces principes à la fois. Si l’on admet ce postulat, trois types d’architecture sont envisageables.

L’architecture « inclusive » permet d’atteindre l’unité tout en,préservant l’unanimité, c’est-à-dire le caractère souverain des États faisant partie de l’ensemble considéré. Le prix à payer en est une plus ou moins grande inefficacité.

Le concept d’« avant-garde » vise au contraire à atteindre l’efficacité tout en préservant l’unanimité dans la prise de décision, mais au détriment de l’unité du groupe : seul un nombre restreint de participants sont admis, ou à tout le moins ceux qui le veulent et qui le peuvent. Cette voie, historiquement datée, n’a jamais rien produit de tangible dans le domaine de la défense et semble désormais impraticable.

C’est pourquoi il nous faut aujourd’hui considérer la seule architecture qui n’a jamais été tentée en matière de défense, alors même qu’elle a fait ses preuves dans d’autres domaines, en particulier celui de la politique monétaire, et qui permet de préserver l’unité sans renoncer à l’efficacité. C’est celle d’un Eurogroupe de défense dans lequel les décisions seraient prises à la majorité qualifiée.

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L’inclusivité ne mènera jamais à l’armée européenne

 

Le principe d’inclusivité est le fondement des traités européens. Ces derniers ne prévoient en réalité que des exceptions au principe général selon lequel l’ensemble des États membres participent à toutes les activités. Ces exceptions prennent la forme de dispositions taillées sur mesure pour certains pays, les opt-in ou opt-out, de coopérations renforcées dans certains domaines, de programmes ou d’entreprises communes à un nombre restreint de pays comme par exemple dans le programme-cadre de recherche ou encore la possibilité qu’un groupe d’États membres puisse entreprendre une opération militaire sur mandat de l’Union.

C’est également sur ce principe qu’est fondée la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) : tous les États, à l’exception du Danemark, en font partie et quasiment toutes les décisions se prennent à l’unanimité dans un cadre qui reste strictement intergouvernemental.

Or, il faut bien l’admettre, jusqu’à présent l’unanimité a paralysé les décisions les plus importantes impliquant l’usage de la force et a conduit à des accords qui impliquent peu les États membres ou qui reposent sur le plus petit commun dénominateur. Certes, trente-cinq opérations extérieures ont été lancées au titre de la PSDC. Mais parmi elles combien ont changé le cours des choses ? Quelle énergie déployée pour quels résultats ? Mis a à part quelques success-stories, telles que l’opération Artémis en RDC, l’histoire de la PSDC est un long catalogue de blocages, d’inactions et de déceptions.

Il y a peu de chances que cela change. Pourrait-on envisager que l’Union européenne envoie, à l’unanimité de ses États membre, une force de maintien de la paix au Mali, en Libye ou même en Syrie ? Pourtant c’est bien pour ce type de crises qu’ont été conçues les « missions les plus exigeantes » de la PSDC.

Sans changement dans sa gouvernance, la PSDC est condamnée à vivoter comme elle le fait depuis quinze ans. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, une armée européenne bâtie sur ce modèle subirait les mêmes avanies.

Cela d’autant plus que certains États sont ouvertement hostiles à l’idée même d’autonomie stratégique et feront tout pour bloquer les avancées vers l’armée européenne. Le Royaume-Uni sortira peut-être de l’Union. Mais d’autres États sont déjà prêts à jouer le rôle qui fût le sien au seul profit des États-Unis et des adversaires de l’Union européenne.

 

Le concept d’avant-garde est désormais impraticable

 

L’idée d’une « avant-garde » formée par un petit nombre d’États est une idée dérivée dans le domaine militaire de l’euro dans le domaine économique et monétaire.Elle est-elle même sous-tendue par le postulat, toujours  d’actualité, que tous les pays ne veulent pas d’une défense européenne et qu’il est donc inutile d’essayer de les convaincre de son utilité. Autant faire les choses entre ceux « qui le veulent et qui le peuvent », tout en restant dans un cadre intergouvernemental.

Cette idée a trouvé sa première concrétisation dans la construction juridique de la « coopération structurée permanente » (CSP) prévue par l’article 46 du TUE et le protocole n°10 annexé aux traités. Cette CSP était censée constituer le processus capacitaire permettant aux États de l’avant-garde d’assurer à l’Union la « capacité opérationnelle s’appuyant sur des moyens civils et militaires » prévue à l’article 42. 1. dudit traité.

Afin que les pays qui n’étaient pas désireux de s’engager dans cette voie ne puissent pas empêcher les autres de le faire, le traité ne fixait pas de nombre minimal de participants et prévoyait que l’établissement de la CSP se fasse à la majorité qualifiée. Il instaurait de ce fait une exception, une « flexibilité » par rapport au principe d’inclusivité qui était préservé, chaque pays pouvant à tout moment choisir de rejoindre le groupe initial.

Mais forcément complexe à écrire et plus encore à comprendre, cette construction juridique de la CSP a été victime de la disparition prématurée de la scène politique des acteurs qui l’avaient imaginée. En outre, dès le début des discussions sur sa mise en œuvre, l’idée d’une avant-garde a été perçue comme créant une « Europe à plusieurs vitesses », avec une « deuxième division » dans laquelle seraient inévitablement rangés les États incapables de remplir des critères de capacités ou peu soucieux de prendre des engagements concrets pour participer au développement de la défense européenne. Au final, les discussions se sont enlisées.

Alors qu’elle était censée être établie en même temps que le traité de Lisbonne et au plus tard en 2010, il a fallu attendre 2017 pour que la CSP soit finalement établie dans des conditions très éloignées tant de l’esprit que du texte d’origine et qui n’ont plus rien à voir avec l’idée d’origine d’une avant-garde. Sans être grand clerc, il y a fort à parier que cette CSP ne produira jamais les fruits que l’on attendait d’elle, à savoir : une capacité autonome et intégrée d’action dans le domaine militaire.

Sans attendre, la France et le Royaume-Uni, renouant avec l’esprit de Saint-Malo, ont du reste donné au concept d’avant-garde une application beaucoup plus pragmatique au travers des accords dits de Lancaster House de novembre 2010. Une avant-garde certes limitée à deux États membres, mais deux États totalisant à eux seuls plus de la moitié des capacités militaires de l’Union, disposant de forces nucléaires et partageant globalement la même culture stratégique.

Car au fond qu’est-ce que le Combined Joint Expeditionary Force sinon la « capacité autonome d’action » tant désirée à Saint-Malo en 1998 afin de pouvoir gérer des crises extérieures sans l’aide des Américains ? Et que sont les programmes industriels, dont l’achèvement de « One MBDA », sinon l’intégration capacitaire la plus poussée réalisée à ce jour en Europe, intégration qui s’étend jusque et y compris dans le domaine nucléaire ?

Mais quoiqu’en disent les ultimes partisans de cet accord d’un côté ou de l’autre de?la Manche, il sera très difficile que cette avant-garde survive au Brexit si celui-ci se réalise. Et pour preuve, le système de combat aérien futur (SCAF) qui devait être réalisé au niveau franco-britannique a d’ores et déjà été abandonné, sans même parler de l’interopérabilité des porte-avions. Il semblerait même très difficile que le projet One MBDA survive tel quel au rétablissement de frontières physiques.

Au demeurant, du fait de l’absence d’une véritable capacité de prise de décision dans le domaine opérationnel, on peut se demander si, même réduite à deux partenaires dont les visions stratégiques convergent largement, cette avant-garde francobritannique n’aurait pas fini par succomber à des désaccords profonds, tels que l’emploi des forces en Syrie. Même à deux, on peut ne pas être d’accord, ce qui est fort gênant si les forces sont spécialisées.

La voie de l’avant-garde étant impraticable et celle de l’inclusivité nous condamnant à l’inefficacité, il nous faut changer de méthode pour déterminer qui pourrait faire partie de l’armée européenne.

 

Seule la voie de l’Eurogroupe de défense n’a jamais été tentée

 

Si l’on veut conjuguer la puissance que donne le nombre à l’efficacité dans la prise de décision, il n’y a qu’une seule solution : la majorité qualifiée. En l’absence d’une révision des traités assurant la prise de décision à la majorité qualifiée, il n’y aura plus d’autre voie que de sortir du cadre étroit du traité de Lisbonne pour rouvrir le champ des possibles, en constituant un Eurogroupe de défense. La question se posera alors de savoir concrètement avec qui ?

L’idée d’une armée européenne qui ne réunirait que la France et l’Allemagne est àécarter pour les mêmes raisons qui ont fait que la coopération franco-britannique n’a produit que peu de fruits. Ce serait en effet isoler ces deux pays dans un face-à-face susceptible de tourner rapidement à l’aigre. La raison en est simple : en dépit de leur bonne coopération et des intérêts qu’ils ont en commun, ces deux pays n’ont pas la
même culture stratégique, et ont des modèles politiques très différents. Les évolutions en cours dans la politique allemande n’ont pas encore permis de dépasser une conception des relations internationales et du rôle de l’Allemagne sur la scène internationale qui remonte aux années 1950. Ce n’est que dans un cadre européen, avec des garde-fous institutionnels suffisants, qu’il peut être envisagé de faire évoluer le contrôle strict du Bundestag sur l’engagement des troupes allemandes.

C’est pourquoi il faut impérativement y associer d’autres États, non seulement pour constituer la masse critique, mais aussi pour faciliter les discussions et permettre les décisions.

Idéalement, il faudrait que la liste des États parties à l’armée européenne corresponde à la zone euro afin de ne former qu’un seul cœur européen. C’était du reste le vœu des rédacteurs du Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TECE). Ceux-ci avaient évoqué l’idée d’une Union européenne de la défense, en lui donnant le nom d’ « Eurozone de défense ». Malheureusement, dans l’état actuel des relations intra-européennes, cet objectif ne semble pas atteignable du premier coup, en particulier en raison des réticences de l’Italie qui est pourtant un des grands pays fondateurs et dont l’industrie de défense occupe une place importante en Europe.

Une voie médiane pourrait être explorée. C’est ce qui a été fait avec l’Initiative européenne d’intervention qui regroupe dix pays, à l’exclusion de l’Italie, mais avec le Royaume-Uni. Outre ce dernier pays, il s’agit de l’Allemagne, de la Belgique, du Danemark, de l’Espagne, de l’Estonie, de la France, des Pays-Bas, du Portugal et plus récemment de la Finlande.

Cela conduit naturellement à poser la question de la participation du Royaume-Uni à l’armée européenne. Dans la mesure où une telle armée ne peut fonctionner que si elle est conçue et vécue comme un outil d’intégration des différentes armées nationales, il semble difficile que le Royaume-Uni, en l’état de sa relation avec l’Union, puisse y participer, du moins dans un futur proche.

Ces limites posées, il n’est guère possible de pousser plus loin les spéculations intellectuelles sur les éventuels États participants, tant cela dépendra du moment et des réponses qui seront apportées aux autres questions, en particulier sur les finalités d’une armée commune et les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.

Pour autant, il nous semble important d’éviter de répéter les erreurs commises au moment de la mise en place de l’euro et d’aboutir, selon l’expression à la mode chez nos amis américains, à des solutions « mi-cuites ». Deux erreurs en particulier nous semblent devoir être évitées.

La première consisterait à établir des critères d’entrée ou de maintien dans l’armée.Une telle solution conçue pour une institution de type intergouvernemental a montré toutes ses limites, aussi bien en matière monétaire avec l’euro qu’en matière militaire avec la CSP. Les États membres sont en effet, pour une grande partie d’entre eux, incapables de respecter leurs engagements. Ils sont prêts à mentir et à tricher comme des voleurs de poules pour en être et ne pas rester sur le quai.

Si l’on veut s’assurer que chacun respecte sa part du fardeau, alors il faut procéder de la même façon que pour le budget européen, c’est-à-dire avec des prélèvements budgétaires définis en fonction d’une clef de répartition établie à l’avance, lesquels serviraient à financer des programmes communs : acquisition de capacités communes, en particulier de plateformes que les États ne sont plus en mesure d’acquérir à titre individuel, maintien en conditions opérationnelles, infrastructures et réseaux.

La seconde erreur serait d’écarter d’un revers de la main l’idée de passer à la majorité qualifiée au prétexte qu’elle serait irréaliste et qu’aucun gouvernement sensé ni aucun parlement responsable n’accepterait de se défaire du droit ancestral de faire la paix et de consentir à la guerre. Certes il s’agit bien là d’un saut quantique. Mais ne nous payons pas avec des mots et ne versons pas dans le dogme de l’État nation dont l’application nous condamnerait indubitablement à l’obsolescence des armées nationales et à la soumission absolue à notre protecteur américain. Pour y parvenir, il suffit que quelques États en aient la volonté et qu’ils soient suffisamment nombreux pour constituer une masse critique. Il s’agit sans aucun doute d’un chemin difficile, mais pour reprendre une citation célèbre, dont on ne sait plus exactement à qui l’attribuer : là où il y a une volonté, il y a un chemin. Encore faut-il avant de s’y engager répondre à la question du contenu à donner à l’armée européenne.

Auteurs
Frédéric Mauro est chercheur associé au GRIP et avocat au barreau de Paris et au barreau de Bruxelles, spécialisé dans les questions de stratégie et de défense européenne, ainsi que celles relatives à l’équipement des forces armées.
Olivier Jehin est journaliste indépendant, collaborateur du blog Bruxelles 2 (B2)

Source de l’article: Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité (GRIP)
11 février 2019

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Une armée européenne dans quel cadre ?
(3/5)

 

La défense européenne, telle qu’envisagée dans le Traité sur l’Union européenne (TUE), est affectée de nombreuses limitations destinées à ne pas la voir empiéter sur la défense collective instaurée dans le cadre de l’OTAN et à la cantonner dans le domaine intergouvernemental afin de préserver le pouvoir de décision des États membres.

Parmi ces limitations, les plus importantes sont : la subordination de cette défense européenne, la « politique de sécurité et de défense commune » (PSDC), à la politique étrangère, la « politique étrangère et de sécurité commune » (PESC) ; l’absence d’institution susceptible de l’incarner de façon spécifique, par exemple un haut représentant pour la défense ; la limitation de son champ à la gestion de crises extérieures par des missions ou opérations militaires types déterminées à l’avance par le traité ; la règle de l’unanimité et l’impossibilité de financer des opérations militaires au travers du budget européen.

Dans ces conditions, la création d’une « armée européenne » au service d’une « défense commune » supposerait de modifier les traités, ou si cela s’avérait impossible, de s’en exonérer par des accords distincts. En fonction de ce que les États parties pourraient souhaiter, trois voies nous semblent envisageables.

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LA RÉVISION A MINIMA DU TRAITÉ DE L’UNION EUROPÉENNE

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Dans une perspective de réforme réduite visant à supprimer les verrous les plus importants, deux modifications pourraient être proposées.

La première modification devrait permettre le vote à la majorité qualifiée dans tous les domaines de la politique étrangère et de sécurité commune (titre V du TUE), y compris la PSDC.

Cela pourrait se faire de deux façons. La plus simple serait d’utiliser ce qu’il est convenu d’appeler la « clause passerelle » de l’article 48.7 du TUE. Cet article prévoit en effet que : « Lorsque le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ou le titre V du présent traité prévoit que le Conseil statue à l’unanimité dans un domaine ou dans un cas déterminé, le Conseil européen peut adopter une décision autorisant le Conseil à statuer à la majorité qualifiée dans ce domaine ou dans ce cas. Le présent alinéa ne s’applique pas aux décisions ayant des implications militaires ou dans le domaine de la défense. »

La limitation posée par la dernière phrase de cet alinéa pose une exception, qui reprend mot pour mot la limitation posée par l’article 41.2. quant au financement des dépenses opérationnelles et, comme toutes les exceptions, doit être interprétée strictement. Il ne peut s’agir en effet de la totalité des dispositions relatives à la PSDC, mais seulement de celles ayant trait à des opérations extérieures (les dépenses opérationnelles résultant de décisions ayant des implications militaires) ou se traduisant par un soutien à des partenaires extérieurs en termes d’équipement ou de formation (les décisions dans le domaine de la défense). On peut imaginer par exemple d’appliquer cette clause passerelle aux décisions d’orientation prises dans le cadre de la coopération structurée permanente.

Quoiqu’il en en soit, le passage à la majorité, requérant d’être adopté à l’unanimité, il est peu probable que cette voie soit praticable dans la situation actuelle où de nombreux États membres ne veulent pas aller vers davantage d’intégration.

Si l’on veut que les décisions en matière de PSDC se prennent à la majorité qualifiée, la seule voie praticable serait donc de passer par une révision normale des traités, telle que prévue par l’article 48. Cela supposerait de réunir une conférence intergouvernementale voire une convention, afin de modifier le traité.

Là encore, il est fort peu probable que les États membres soient unanimement d’accord pour que les décisions en matière de PSDC soient prises à la majorité.

De la même façon qu’il semble totalement exclu au stade où nous en sommes de la  construction européenne qu’ils se déclarent unanimement prêts à passer de la PSDC à la « défense commune » comme le prévoit l’article 42. 2. du TUE.

La seconde modification souhaitable a minima serait d’en finir une fois pour toutes avec l’article 41 du TUE. Cet article pose le principe que les dépenses en matière de politique de sécurité et de défense commune sont à la charge du budget de l’Union, à l’exception des « dépenses opérationnelles (…) afférentes à des opérations ayant des implications militaires ou dans le domaine de la défense et des cas où le Conseil en décide autrement à
l’unanimité ». Toutefois, il a fait l’objet de plusieurs interprétations extensives, consistant notamment à dire qu’il interdirait toute dépense militaire par l’Union européenne, ce qui est manifestement excessif et erroné. Pour lever cet obstacle, il y a lieu de le remplacer par : « Les dépenses entraînées par la mise en œuvre du présent chapitre sont à la charge du budget de l’Union. »

Une telle révision ne pourrait se faire que dans le cadre d’une révision normale du traité prévue par l’article 48. 1. à 5. du TUE.

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UNE RÉFORME D’ENSEMBLE DES DEUX TRAITÉS EUROPÉENS

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Si les États membres souhaitaient progresser tous ensemble vers une intégration plus grande en matière de défense en accordant à l’Union des compétences plus larges en la matière, il faudrait commencer par réviser l’article 4. 2. du TUE qui prévoit que « la sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque État membre ». Dans cette perspective, il faudrait au minimum remplacer l’adjectif qualificatif « nationale » par celui de « intérieure ». Cette position de principe adoptée, toutes sortes de modifications sont envisageables, dont certaines sont évoquées depuis fort longtemps.

La première serait d’en finir avec la subordination de la PSDC à la PESC en mettant en place un « ministre » européen de la défense susceptible d’incarner la défense européenne, d’en exécuter les décisions et d’en porter la responsabilité.

Nulle part au monde, la défense est placée sous la responsabilité de la diplomatie. Ce sont deux bras bien distincts de l’action extérieure, de la même façon que le sont l’aide au développement et la politique commerciale qui elles aussi demeurent autonomes et ne sont pas placées sous la responsabilité de la diplomatie européenne.

En outre, l’expérience d’une dizaine d’années a montré que le cumul des compétences en matière de diplomatie et de défense était bien trop lourd pour être attribué à une seule personne, en l’occurrence le Haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité/vice-président de la Commission européenne (HR/VP).

La création d’un « ministre européen » ou Haut représentant chargé de la défense et lasécurité devrait logiquement entrainer la scission du Service européen pour l’action extérieure, dont seulement 23 % des personnels de ce service s’occupent des questions de défense.

Toute la question évidemment serait de savoir à qui rattacher ce « ministre » : au Conseil, à la Commission, ou bien aux deux à la fois selon le modèle du Haut représentant/viceprésident (HR/VP) qui a été mis en place par le traité de Lisbonne.

Dix ans après la mise en place de l’institution HR/VP, cette architecture mi-chèvre mi-chou est loin d’avoir prouvé son efficacité. Aux problèmes liés au recrutement des personnels s’ajoutent les limites des traités et les petits jeux diplomatiques des États membres.

Il serait sans doute préférable de rattacher la nouvelle institution chargée de la défense, ainsi que celle chargée de la politique extérieure auprès de la seule Commission, afin d’autoriser leur contrôle par le Parlement européen et de favoriser la prise de décision dans l’intérêt général européen.

Une seconde modification des traités qui pourrait être envisagée dans le cadre d’une réforme ambitieuse serait l’intégration de tous les instruments de financement de la défense dans un chapitre spécifique du budget de l’Union, afin d’identifier clairement la part du budget consacrée à la défense et de permettre un contrôle parlementaire des dépenses ainsi qu’un contrôle par la Cour des comptes européenne. Ce chapitre pourrait dans un premier temps regrouper les financements en cours de négociation du Fonds européen de défense (FED) et de la facilité européenne pour la paix.

Une telle modification devrait logiquement conduire à faire de la défense une politique à part entière de l’Union et à la faire passer du TUE dans le Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) avec toutes les conséquences qui s’y rattachent, en particulier en termes de processus décisionnel (majorité qualifiée, comitologie). Mais elle pourrait aussi rester dans le cadre du TUE, avec la mise en place d’un budget propre, comme c’est le cas actuellement pour la PESC/PSDC. La question du FED devrait être alors réexaminée : soit il resterait dans le TFUE avec une base légale orientée sur la politique industrielle, soit il pourrait être intégré dans le TUE en modifiant sa base légale et en lui donnant clairement une finalité orientée vers le développement et l’acquisition de capacités de défense.

Enfin, toujours dans le cadre d’une réforme ambitieuse des traités, il serait souhaitable de considérer la possibilité pour l’Union d’acquérir en propre des capacités militaires, à l’instar de ce qui a été fait dans le domaine spatial avec la constellation de satellites Galileo. Ces capacités devraient être concentrées sur les infrastructures les plus onéreuses, telles que les réseaux de commandement et de contrôle, les radars fixes ou bien ce qu’il est convenu d’appeler dans le domaine militaire les démultiplicateurs de forces (‘enablers’) qui sont indispensables au succès des opérations de combat. Il pourrait s’agir par exemple d’avions de guet aérien, comme c’est le cas à l’OTAN, de ravitailleurs multirôles ou encore de navires multifonctions comme les bâtiments de projection et de commandement (BPC).

Il va de soi qu’une réforme de cette ampleur passerait inévitablement par la convocation d’une conférence intergouvernementale, selon la procédure prévue à l’article 48 TUE, et qu’elle n’a dès lors que peu de chance d’aboutir.
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UN ACCORD SPÉCIFIQUE EN MARGE DES TRAITÉS EUROPÉENS
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La révision des traités, même dans une version a minima, semble a priori très difficile depuis l’élargissement. Dans une version plus ambitieuse, une révision nécessiterait la réunion d’une convention telle que celle qui avait été mise en place pour l’élaboration du traité établissant une Constitution pour l’Europe, ce qui semble irréaliste dans la conjoncture actuelle. Dans tous les cas, une révision exigerait en effet l’unanimité des vingt-sept et une telle unanimité semble inaccessible, de nombreux États membres refusant encore à ce stade de s’engager dans une défense européenne intégrée et autonome. 

C’est pourquoi, en l’absence d’accord sur une révision des traités, la seule solution serait de conclure un traité spécifique regroupant un groupe d’États européens désireux d’avancer dans la voie d’une défense européenne commune : un Eurogroupe de défense.

Par ce traité, les parties signataires s’engageraient à constituer un outil militaire commun au service de leur défense commune et à contribuer, le cas échéant, au moyen de cet outil aux opérations de l’Union européenne, notamment au titre de l’article 44 TUE (missions conduites par un groupe d’États membres au nom de l’UE).

À cette fin, le traité devrait au minimum prévoir un budget commun et l’utilisation, la plus large possible, de décisions prises sur le mode majoritaire.

Tous les États membres de l’Union européenne qui n’auraient pas souscrit d’emblée à ce traité demeureront en mesure de le faire à leur rythme, sur le modèle de l’Eurozone, cet accord ayant pour finalité ultime d’être agrégé aux traités européens.

L’armée européenne constituée dans le cadre d’un tel Eurogroupe de défense n’aura pas exactement les mêmes missions que celle qui aurait été constituée avec tous les États de l’Union à l’issue d’une révision des traités. Elle pourra néanmoins en être le précurseur. Reste à savoir avec qui ? Et surtout avec quel contenu ?

Auteurs
Frédéric Mauro est chercheur associé au GRIP et avocat au barreau de Paris et au barreau de Bruxelles, spécialisé dans les questions de stratégie et de défense européenne, ainsi que celles relatives à l’équipement des forces armées.
Olivier Jehin est journaliste indépendant, collaborateur du blog Bruxelles 2 (B2).

Une armée européenne pour faire quoi ?
(2/5)

 

C’est une question qui se pose aux États européens depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui n’a jamais reçu de réponse satisfaisante, parce que ces États sont en profond désaccord sur les objectifs qu’il faudrait assigner à cette armée européenne.

Pourtant, répondre à cette question est indispensable, car construire un outil militaire est long et onéreux, et dépend entièrement de la finalité qu’on lui assigne.

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Une question déjà ancienne…
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S’il ne faut jamais s’y laisser enfermer, l’histoire permet de mieux comprendre les raisons qui conduisent à envisager aujourd’hui une armée européenne, même si les États européens ont souvent varié sur les objectifs à assigner à une défense européenne.

Bien avant que l’Union européenne existât ces États avaient ressenti le besoin de s’unir, face à une menace extérieure. C’est ainsi qu’a été signé en mars 1948 le traité de Bruxelles entre la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Ce traité essentiellement militaire, mais comportant aussi des éléments de coopération sociale et culturelle, prévoyait en son article 5, une assistance automatique entre les cinq membres.

Mais très vite, face à l’importance de la menace soviétique, les Européens ont ressenti la nécessité de se tourner vers les États-Unis et c’est ainsi qu’a été créée l’OTAN par le traité de l’Atlantique nord en avril 1949. Le projet d’une « Communauté européenne de défense » (CED), longtemps portraituré comme l’occasion manquée de la défense européenne, n’était en réalité qu’un moyen de renforcer l’Alliance atlantique en faisant accepter à la France le réarmement de l’Allemagne puisque cette « armée européenne » eût été placée sous l’autorité du commandant en chef de l’OTAN, lui-même nommé par le président des États-Unis.

Plus intéressante du point de vue qui nous occupe est l’histoire de « l’Union de l’Europe occidentale » (UEO). Créée en 1954, après le refus de la ratification du traité instituant la CED par la France, elle intégrait outre les cinq signataires du traité de Bruxelles, la République fédérale d’Allemagne et l’Italie. Dans le contexte de la Guerre froide, sa première fonction était de permettre aux États européens de prendre une part active à leur propre défense au sein de l’OTAN, ce que l’on appellerait plus tard le « pilier européen » de l’Alliance.

Toutefois, la domination des États-Unis au sein de l’Alliance atlantique fut jugée à la longue insupportable par le Général de Gaulle. Arrivé au pouvoir en 1958, il décida de retirer la France du commandement militaire intégré de l’Alliance en 1966, position qu’elle ne réintégra qu’en 2009. Il est important de comprendre pourquoi. Dans ses lettres, notes et carnets publiés le 17 juillet 1961, le général de Gaulle en donne la raison : « (…) l’Europe forme un tout stratégique (…) ou bien c’est l’Europe qui défendra “elle-même” son territoire, ou bien il n’y aura pas pour l’Europe de défense qui tienne. Il y a l’OTAN. Qu’est-ce que l’OTAN ? C’est la somme des Américains, de l’Europe et de quelques accessoires. Mais ce n’est pas la défense de l’Europe par l’Europe, c’est la défense de l’Europe par les Américains. Il faut une autre OTAN. Il faut d’abord une Europe qui ait sa défense. Il faut que cette Europe soit alliée à l’Amérique. »

L’UEO, dont les activités s’étaient fortement ralenties, fût relancée en octobre 1984 avec la déclaration de Rome qui assignait aux États signataires : « La définition d’une identité de sécurité européenne » et l’harmonisation progressive de leurs politiques de défense. L’UEO était censée devenir le « bras armé » de l’Union européenne. Malheureusement, les guerres et les massacres liés à la décomposition de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990 ont montré l’incapacité des États européens à résoudre des crises sécuritaires dans leur voisinage immédiat.

C’est pour cette raison que les Européens ont souhaité, d’abord à Saint-Malo en 1998 puis à Cologne et à Helsinki en 1999, disposer d’une « capacité autonome d’action reposant sur des moyens militaires crédibles ». Ils ont donné à cette capacité et à l’utilisation qu’ils en feraient le nom de politique de sécurité et de défense commune (PSDC).

Cette PSDC était censée être compatible avec l’OTAN, laquelle pouvait continuer à assurer la défense collective de l’Europe (et de l’Amérique du Nord), avec le soutien des Américains, y compris en ayant recours à des armes nucléaires, alors que la PSDC offrait aux États membres de l’Union européenne capables et désireux de le faire, la possibilité de constituer des forces expéditionnaires pour intervenir en dehors du territoire de l’Union, afin de gérer des crises extérieures et ce sans le soutien des Américains. La preuve de cette compatibilité – théorique – entre l’OTAN et la PSDC était apportée par le fait que les Britanniques, les plus ardents défenseurs de l’OTAN, en étaient, avec les Français, les instigateurs.

Malheureusement, les États européens ont en grande partie échoué à constituer cette capacité autonome d’action qui leur aurait permis de résoudre les crises intervenues dans leur voisinage depuis 1999. Les trente-cinq missions et opérations extérieures menées par l’Union depuis 2003, ont été majoritairement civiles. Seulement douze d’entre elles ont été militaires et trois des missions mixtes. Et encore, ne s’agissait-il que d’opérations de faible ou basse intensité. Jamais l’Union n’a été en mesure de « gérer » des crises telles que celle de la Syrie, de la Libye, ou même du Mali, alors même que ces crises ont engendré une immigration massive vers l’Europe et l’ont profondément déstabilisée.

Cette incapacité de l’Union tient sans aucun doute au fait que pour des raisons diverses l’Union n’a jamais mis en place le processus capacitaire qui aurait dû permettre la constitution de cette capacité autonome, à savoir la « coopération structurée permanente » (CSP). Elle ne l’a fait qu’en 2017 et d’une façon tellement éloignée du dessein original qu’il est peu probable que cette CSP débouche sur autre chose que de simples coopérations bi ou multilatérales, comme il en existe depuis toujours. Mais ceci est une autre histoire.

Pendant ce temps, les menaces auxquelles les États membres de l’Union sont confrontés se sont multipliées et se sont diversifiées. Tout d’abord les menaces conventionnelles de la Russie qui s’est montrée de plus en plus agressive vis-à-vis des États à sa périphérie : cyber-attaque contre l’Estonie en 2007, conflit en Géorgie en 2008 puis intervention en Ukraine en 2014. Elle est également accusée d’avoir interféré dans les élections américaines en 2016 et de s’être rendue coupable d’assassinats ou de tentatives d’assassinats contre d’anciens espions sur le territoire d’États européens. À ces menaces de nature étatique se sont évidemment ajoutées des menaces de type non étatique avec la multiplication des attentats terroristes imputables à l’organisation « État islamique » depuis les attentats de Paris en 2015.
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… Qui n’a jamais reçu de réponse convaincante…
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Jusqu’à présent, le seul objectif de défense communément agréé par les États membres de l’Union était celui fixé par le Traité sur l’Union européenne (TUE), à savoir la capacité de réagir, de façon autonome, aux crises et aux conflits extérieurs.

C’est l’objet même de la PSDC inscrite au titre V du TUE et en particulier de son article 42 dont la traduction en termes militaires mesurables est celle de « l’objectif global » d’Helsinki en 1999, redéfini au sommet de Bruxelles en 2004 et qui était censé être atteint en 2010.

Toutefois, dans ses conclusions du 14 novembre 2016 sur la mise en œuvre de la stratégie globale dans le domaine de la sécurité et de la défense, le Conseil de l’UE a adopté un « niveau d’ambition » comprenant trois objectifs de défense. C’est une première qui mérite d’être soulignée.

Tout naturellement, le premier objectif de ce « niveau d’ambition » reste « la réaction aux crises et conflits extérieurs » et couvre l’ensemble des missions de la PSDC. Nihil novi sub sole. C’est la confirmation du niveau d’ambition fixé dans le traité et qui n’a jamais été satisfait. Les États membres ne pouvaient pas faire autrement que de le réitérer, sauf à constater qu’ils n’appliquaient pas le traité.

Le second est le « renforcement des capacités de partenaires », ce qu’il est convenu d’appeler dans le jargon militaro-politique le capacity building. Cela pourrait être une nouveauté à condition que cela se traduise, en bonne logique, par la fourniture d’armements aux troupes partenaires formées à des fins de maintien de la paix. Ce qui a été jugé impossible jusqu’à présent en termes de financement.

Enfin, le Conseil de l’Union a ouvert une porte jusqu’à présent fermée en posant comme troisième objectif de défense la « protection de l’Union et de ses citoyens ». Cette ambition nouvelle, apparue avec la stratégie globale de juin 2016, regroupe toutes les actions qui ne font pas partie du mandat originel de l’OTAN (contre-terrorisme – cyber – menaces hybrides – résilience, etc.) On peut les résumer sous le vocable de « sécurité commune ». À l’exception de quelques timides progrès dans le domaine cyber, les États membres n’ont pas réussi pour l’instant à donner un contenu concret à cette ambition.

Le fait est que ce niveau d’ambition n’a pas été traduit en termes militaires de façon sincère et transparente lors des différents exercices de planification de défense menés entre 2016 et 2018.  En effet, la liste des objectifs capacitaires critiques du comité militaire de l’Union européenne reste centré exclusivement sur la PSDC et ne tient pas réellement compte de l’objectif de « protéger l’Union et ses citoyens ». Quant au plan de développement capacitaire de l’agence européenne de défense, il tient avant tout compte des lacunes capacitaires et propose des priorités telles que la défense anti-missiles balistiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec la PSDC.  C’est également le cas de la coopération structurée permanente, dont le projet phare, le seul qui réunisse vingt-quatre États membres sur vingt-cinq – la mobilité militaire sur le territoire de l’Union – satisfait aux besoins de l’OTAN et nullement à ceux de la PSDC.

Il y a donc pour l’instant une grande confusion dans les objectifs de défense de l’Union, due pour l’essentiel aux inquiétudes d’un grand nombre d’États membres, en particulier les Baltes, les Nordiques, les Polonais et les Roumains, face aux menées de la Russie sur le flanc est de l’Europe.

En principe, la réponse est celle de la défense collective assurée par l’OTAN. Mais les appels constants et répétés des dirigeants américains aux Européens de prendre en main leur propre défense devrait logiquement conduire ces derniers à assurer leur propre défense sans toujours tout attendre des États-Unis et à être capables de se défendre par eux-mêmes, ou à tout le moins à commencer à le faire.

Or, ces différents objectifs, et leurs combinaisons possibles, conduisent à des outils militaires très différents. Ce n’est pas la même chose de contrer des attaques de blindés dans les pays baltes, de parer des cyber-attaques sur les infrastructures vitales, de prévenir des attentats terroristes sur le sol européen, de mener des « opérations de stabilisation » au Moyen-Orient ou en Afrique, ou encore de faire tout cela à la fois.

Et c’est bien parce qu’ils ont, jusqu’à présent, été incapables de s’accorder sur un objectif commun que les États européens n’ont jamais dépassé le stade du bavardage stratégique. Chaque État se détermine en fonction de sa situation géographique et de son histoire. Chaque dirigeant voit midi à sa porte et les menaces à sa fenêtre. Chacun noue les alliances du moment qu’il juge nécessaire et se contrefiche de l’intérêt général européen. Pendant ce temps, rien de concret ne se fait et ce qui se fait de bien – comme le fonds européen de défense – risque fort de décevoir faute d’une direction clairement indiquée par les États membres.
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… Et cette absence de réponse bloque toute avancée…
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Compte tenu de l’importance de la supériorité technologique dans les conflits modernes, du coût des armements et de leurs délais de fabrication, la planification de défense est devenue une activité essentielle pour la préparation des armées et l’efficacité de la défense.

En effet, les équipements militaires aujourd’hui déployés dans les forces, y compris les plus « modernes », ont été conçus il y a plus de quinze ans. Ainsi l’avion de combat américain F-35 est issu d’un programme, le Joint Strike Fighter lancé officiellement en janvier 1994. Reconnu opérationnel en 2017, cet avion aurait effectué sa première mission de combat en 2018 au-dessus de la Syrie, c’est-à-dire vingt-quatre ans après le lancement du programme. Cela signifie que les décisions qui seraient prises aujourd’hui concernant les équipements militaires les plus complexes armeraient potentiellement les forces dans les années 2035-2040. Il est évident que la situation géopolitique aura beaucoup évolué d’ici là. Tout cela souligne l’importance de ne pas se tromper de menaces et d’être au clair sur ses ambitions de défense. D’où l’importance des processus de planification.

De ce point de vue, l’Union européenne est défaillante. Elle dispose bien depuis 2003, d’une planification de défense. Mais celle-ci a été mise en place par étapes successives qui se sont stratifiées les unes sur les autres et la cohérence d’ensemble est tout sauf assurée.

Il existe en effet non pas un, mais quatre processus capacitaires dans l’Union : le « mécanisme de développement capacitaire » (MDC) confié au comité militaire de l’Union européenne avec le soutien de l’état-major de l’UE ; le plan de développement capacitaire (PDC) de l’agence européenne de défense ; la revue annuelle coordonnée de défense (CARD) confiée à l’agence européenne de défense, associée à la coopération structurée permanente (CSP) qui est aussi un processus capacitaire aux mains des États membres et dont le secrétariat est assuré par le service européen d’action extérieure et l’agence européenne de défense ; enfin, le fonds européen de défense qui débutera en 2021 avec pour objectif de financer la recherche et le développement de capacités et dont le programme de travail devrait être élaboré par la Commission selon la règle dite de la double comitologie, c’est-à-dire avec une forte implication des États membres.

Ces quatre processus fonctionnent comme autant de silos, produisant des documents faiblement reliés entre eux, et sont aux mains d’institutions davantage préoccupées par leurs propres compétences que par la nécessité de produire une feuille de route unique. Une remise en ordre s’impose, mais elle supposerait une révolution copernicienne, à savoir que les États membres commencent à planifier ensemble, avant de planifier nationalement.

D’autant qu’il n’y aura pas de planification européenne efficace sans que ne soit élaboré un document ou un ensemble de documents explicitant clairement ce que l’Union veut faire en matière de défense – le niveau d’ambition politique – et ce que cela signifie concrètement en termes militaires – le niveau d’ambition militaire – autrement dit, un Livre blanc ou ce qui serait de loin préférable : un concept stratégique.

Ce qui nous ramène à la question de départ : une armée européenne pour faire quoi ?
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… Vers une défense commune

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Il nous semble évident qu’une armée européenne devrait être capable d’assurer la défense commune des États qui la constituent et pas seulement faire de la gestion de crises. Une clarification avec l’OTAN est donc indispensable. Il s’agit pour les Européens de savoir s’ils veulent vraiment se donner les moyens de gérer, de façon autonome, des crises extérieures, ce qui est parfaitement compatible avec leur présence dans l’OTAN, recentrée sur sa mission première : la défense collective euro-atlantique. Il appartient aux mêmes Européens de faire, ou non, le choix d’assumer leur défense commune en constituant ainsi un pilier européen au sein de l’Alliance atlantique.

Mais rien ne sert de spéculer davantage car c’est aux États membres et à eux seuls de répondre à cette question. Tant qu’ils ne le feront pas, aucune fondation solide ne pourra être établie et rien de durable ne pourra être entrepris.

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Auteurs
Frédéric Mauro 
est chercheur associé au GRIP et avocat au barreau de Paris et au barreau de Bruxelles, spécialisé dans les questions de stratégie et de défense européenne, ainsi que celles relatives à l’équipement des forces armées.
Olivier Jehin
 est journaliste indépendant, collaborateur du blog Bruxelles 2 (B2).


Pourquoi nous faut-il une armée européenne ?
(1/5)

 

À l’origine de l’action, il y a l’inspiration. Quelle est donc l’inspiration qui a poussé en novembre 2018 le président de la République française et la chancelière allemande à proclamer de concert la nécessité d’une armée européenne, puis le chef du gouvernement espagnol à les rejoindre quelques semaines plus tard ? Ont-ils tous subitement perdu la raison ? Ne s’agit-il que d’une vaine utopie, d’un leurre pour détourner l’attention des réalités du moment ou bien d’un projet certes difficile dans sa réalisation mais nécessaire dans sa finalité ?

Comme souvent les premiers à réagir ont été les conformistes et les eurosceptiques. Jamais avares en sarcasmes, ils ont aligné les contre-vérités historiques. La plus mensongère est celle selon laquelle il ne saurait y avoir d’armée européenne en l’absence d’une nation européenne ou d’une « identité européenne ». L’histoire montre au contraire que c’est quasiment toujours l’armée et la guerre qui ont forgé les nations. Des nations qui elles-mêmes ne sont pas immuables : comme les identités, elles se construisent et évoluent dans le temps et le rapport aux autres.

La vérité est autre : l’idée d’une armée européenne fait peur. Synonyme d’autonomie, elle agace Donald Trump et une partie des Américains. Et parce qu’elle implique l’intégration, elle tétanise à l’intérieur de l’Union tous ceux qui croient pouvoir construire la défense européenne sans s’intégrer. C’est particulièrement vrai en France où nombreux sont ceux qui s’accrochent à la grande illusion d’une nation exemplaire qui pourrait s’en sortir seule, moyennant quelques coopérations ponctuelles.

À première vue pourtant, l’idée d’armée européenne est populaire. Selon l’eurobaromètre, les Européens sont en moyenne 75 % à plébisciter la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), sorte de proto-armée européenne.

En 2007, ils étaient même 79 % à vouloir que cette PSDC soit davantage « autonome » des Américains. Il est dommage que la question n’ait pas été reposée depuis alors même que le concept d’autonomie stratégique fait florès[1]. Pour ce qui est des Français, si l’on en croit l’un des rares sondages[2], 80 % d’entre eux seraient favorables à la création d’une « armée européenne ». Il y a peut-être à cela une raison simple qui tient au fait que les mots « armée européenne » sont compréhensibles par tous les citoyens dans tous les pays, contrairement aux acronymes de la défense européenne qui forment un langage abscons intelligible des seuls initiés.

Alors avant de condamner l’idée au prétexte que sa mise en œuvre serait impossible, interrogeons-nous sur le fait de savoir si elle serait souhaitable ? Quelles sont les raisons qui n’existaient pas auparavant et qui justifieraient aujourd’hui une armée européenne ?

Cette armée européenne ne saurait être une super brigade franco-allemande ou d’une autre collection d’objets de vitrine, aussi concrets qu’inutiles, voués à encombrer les étagères de l’histoire. Elle ne peut se comprendre que comme une capacité autonome et intégrée d’action dans le domaine militaire, qui renouerait ainsi le fil tressé par la déclaration de Saint-Malo en 1998.
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Les nations européennes ne sont plus capables de se défendre seules.

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Les armées nationales européennes qui subsistent sont l’héritage, plus ou moins glorieux, d’une époque révolue dans laquelle des États-nations disposant de ressources, certes proportionnelles à leurs dimensions, mais équivalentes dans leur conception, s’affrontaient sur un champ de bataille qui leur était parfaitement connu. L’effet de masse conjugué à l’effet de surprise et à la manœuvre pouvaient suffire à Napoléon, Joffre ou Rommel. Toute puissance européenne était alors en mesure de réunir des troupes, de les équiper et de les manœuvrer. Aujourd’hui, la donne a fondamentalement changé : même s’ils en avaient la volonté politique, ce qui est loin d’être le cas, les États européens ne sont plus en mesure de constituer de façon solitaire une capacité d’action dans les cinq espaces d’affrontement que sont la terre, la mer, l’air, l’espace et le cyber.

La première raison à cette situation tient au fait que les capacités militaires critiques et les technologies qui les rendent efficaces sont désormais hors de portée des États européens. Plus les armements sont sophistiqués, plus les coûts de recherche et de développement nécessaires à les fabriquer deviennent importants. Pour pouvoir diluer ces coûts non récurrents sur de longues séries de production il n’y a que trois solutions : soit disposer d’un vaste marché national, soit créer l’équivalent par la coopération, soit enfin exporter beaucoup.

Car c’est un fait économique toujours vérifié : les équipements très sophistiqués fabriqués en petite série sont d’un coût prohibitif. Seule la production de masse permet de rendre leur coût abordable.

Observons au passage qu’en achetant des équipements militaires américains, les dirigeants européens punissent deux fois les industriels européens : une première fois en ne leur achetant pas leurs équipements, et une deuxième fois en les condamnant à terme par le truchement d’une réduction de leurs marges et donc de leur capacité à financer des recherches onéreuses.  À la fin, tous les Européens seront perdants car une fois la concurrence disparue, les industriels américains, en situation de monopole, imposeront leurs prix.

La seconde raison est la décroissance des budgets de défense. Il s’agit là d’un phénomène bien documenté (voir graphique en fin d’article). Dans un monde qui vit une course sans fin aux armements, avec une prolifération croissante d’armes de tous types, les Européens n’ont eu de cesse de désarmer. Les coupes claires opérées dans les budgets de défense se sont traduites par des réductions considérables des formats des armées, des équipements dont la durée d’utilisation a été prolongée bien au-delà de la date de péremption, des plateformes non remplacées ou réduites en nombre, des capacités abandonnées et un sous-investissement chronique dans la recherche et la technologie entraînant une perte de compétences et d’autonomie.

Or, les États sont aujourd’hui confrontés à une diversification des menaces à la fois dans leurs protagonistes, leurs formes et les champs technologiques dans lesquels elles s’inscrivent. Alors qu’un conflit de type classique ne peut pas être définitivement écarté, la guerre hybride, le terrorisme, l’exploitation du cyberespace, la prolifération des engins pilotés à distance, voire demain des armes autonomes, appellent de nouvelles compétences et des ressources financières supplémentaires. Cette diversification des menaces impose à des États exsangues une dispersion des efforts qui aboutit à des « armées bonsaï » ou à l’acceptation de lacunes capacitaires qui dégradent l’autonomie opérationnelle. C’est le cas en particulier des deux armées européennes les plus puissantes. Pour la France, il ne sera pas possible de financer la modernisation de la dissuasion nucléaire, d’acquérir un second porte-avions, de mener une politique spatiale ambitieuse, d’avoir des forces spéciales au meilleur niveau, de construire un avion de combat et le système qui va avec. Pour faire tout cela, ce n’est pas 2 % du PIB qu’il faudrait consacrer à la défense, mais au moins 3 %. La situation est pire pour les Britanniques qui vont devoir supporter le soutien des F35, de leurs deux porte-avions, de la dissuasion, du cyber, le tout sous une forte contrainte budgétaire.

Augmentation des coûts, diminution des ressources, dispersion des efforts, ces trois tendances de long terme se conjuguent pour expliquer l’impuissance des nations européennes à se défendre seules de façon efficace au XXIesiècle. Conscientes de cette situation, alors même que depuis 2014 les menaces s’accroissent, les nations européennes ont fait ce que font toutes les nations faibles : elles ont retrouvé les vertus d’une alliance. L’ennui c’est que l’OTAN a cessé d’être une alliance et est devenu un protectorat.
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L’OTAN n’est plus une alliance mais un protectorat

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Pendant toute la durée de la Guerre froide, l’OTAN a fonctionné au bénéfice exclusif des Européens. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : elle a été le bouclier qui a empêché le pouvoir soviétique de pousser plus loin sa conquête territoriale et sa mainmise brutale sur les peuples d’Europe centrale. Les Américains ont construit une maison solide et confortable, si solide et si confortable, que tous les États d’Europe de l’Ouest ont souhaité y rester après l’effondrement de l’empire soviétique et que, en dépit des promesses qui avaient été faites à la Russie, les États d’Europe de l’Est ont souhaité y entrer.

Mais après la chute du mur de Berlin, l’OTAN a dû se chercher une nouvelle raison d’être. Elle a cru d’abord la trouver dans l’aide à ses partenaires, puis dans la gestion de crises, et enfin dans la structuration des armées européennes. À travers la maîtrise de la planification de défense, le Nato Defence Planning Process, les Américains ont appris aux Européens à faire la guerre à leur manière, et, en grande partie, avec leurs équipements et leur logistique. Malgré cela, l’existence même de l’OTAN devenait questionnable et c’est sans doute en reflétant une opinion communément admise aux États-Unis que Donald Trump a pu affirmer sans risques dans la campagne électorale, qu’elle était devenue « obsolète ».

Le fait est que les Américains dans leur grande majorité se sont persuadés, bien avant Donald Trump et à tort, que l’OTAN était l’affaire des Européens et que si les Européens ne payaient pas davantage pour leur propre défense ce n’était pas à eux de le faire. Or, l’Alliance fonctionne aussi et peut-être même surtout dans l’intérêt des Américains. Sans même prendre en compte le fait que la seule application de la clause de défense collective s’est faite au profit des Américains en 2001 pour la guerre en Afghanistan, l’Alliance atlantique, comme toute alliance, est un démultiplicateur de puissance pour celui qui la dirige et fournit aux industriels de la défense américains un vivier de clients obligés.

Les Européens, pour leur part, sont bien conscients du fait que leur défense ne vaut que par la garantie et les moyens des Américains. Mais précisément pour cette raison ils pensent que l’OTAN est l’affaire des Américains, et que ceux-ci seront toujours là. Ils se trompent peut-être et sous-estiment l’influence de la politique intérieure sur l’attitude du Président des États-Unis. De ce point de vue, Donald Trump n’a fait que prolonger une tendance amorcée bien avant lui en particulier par Georges W. Bush et surtout Barack Obama, sous la présidence duquel les Américains ont pris conscience que leur véritable compétiteur stratégique était la Chine.

Mais en même temps, Trump marque une rupture : avec lui, l’OTAN fonctionne comme un protectorat. Nous sommes passés mutatis mutandis de la Ligue de Délos – une alliance entre pairs – à l’empire athénien ou un hégémon ultra dominateur apporte sa protection, mais exige rétribution. D’allié bienveillant, séduisant et généreux, les États-Unis sont devenus un maître dominateur, égocentrique et brutal qui monnaye sa protection et s’en sert pour obtenir des avantages commerciaux.

Ce n’est même pas ‘America first’. C’est ‘America only’. Son président fait levier de sa garantie militaire, qu’il menace de retirer, pour contrer la puissance économique de l’Union européenne et faire pression sur ses dirigeants. Tel Jules César face aux tribus gauloises, il s’efforce de diviser pour régner, tantôt déclarant que le Royaume-Uni n’aura d’accord satisfaisant avec lui que s’il rompt tous les ponts avec l’Union, tantôt flattant les uns, réprimandant les autres, déclarant l’Union européenne « ennemi commercial » ou lui infligeant un camouflet diplomatique en rétrogradant son ambassadeur dans le protocole, le tout en n’ayant aucun scrupule ni retenue à s’ingérer dans les affaires européennes.
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L’Union européenne a besoin d’être autonome militairement
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S’il est vrai que la défense est un instrument de la puissance, alors son absence est synonyme d’impuissance. Dans un monde qui ressemble chaque jour davantage à Jurassic Park qu’à Disney World, un monde dans lequel l’hôte de la Maison-Blanche ne craint pas de piétiner ses alliés, le président russe agresse ses voisins et l’homme fort d’Arabie saoudite fait assassiner ses opposants et où des dirigeants d’organisations internationales disparaissent, l’Union européenne ne peut plus se rêver en une vaste Suisse pacifique et neutre.  Quand on est vieux, riche, incapable de se défendre, et entouré par des voisins agressifs, le pacifisme n’est pas la panacée.

L’Europe a bien essayé de pallier la nécessité de s’organiser sans trop dépendre des Américains, en multipliant les coopérations militaires et industrielles. C’est toute l’histoire de « l’Europe de la défense » qui a vu se multiplier les programmes, les projets, les fonds et les institutions tout en laissant intouchée la souveraineté des États membres. Le fait est que vingt ans après Saint-Malo, l’Europe est dans l’impossibilité d’acquérir des équipements militaires en nombre et en qualité suffisants pour affronter les menaces auxquelles elle est confrontée. Plus que jamais, elle dépend de l’aide américaine.

Si la défense européenne est dans une impasse c’est parce qu’elle a vingt-sept cerveaux et un seul bras, atrophié de surcroît : la politique de sécurité et de défense commune. Cela ne marchera jamais. Ni maintenant, ni dans cent ans. Il nous faut changer de méthode. Si nous tremblons de peur face à la Russie alors que son PIB est inférieur à celui de l’Italie et que nous dépensons collectivement trois fois plus qu’elle pour la défense, c’est bien qu’il y a un problème dans la structure de nos dépenses plutôt que dans leur montant.

Faute d’une véritable intégration qui passe par une planification de défense commune, un budget commun, des acquisitions communes et un soutien commun, la coopération industrielle est en réalité plus chère et plus longue que si les États européens faisaient tout tous seuls. Malheureusement, tous ces États n’accordent pas la même importance à l’autonomie stratégique et certains se satisfont fort bien du protectorat américain exercé de loin, qu’ils jugent préférable à une domination virtuelle des grands États européens, qui serait exercée de près.

Hélas, tant que l’Europe n’aura pas parachevé son union dans le domaine politique et qu’elle n’aura pas une défense commune comme elle a déjà une monnaie commune, il sera trop facile aux puissances non européennes de jouer avec nos divisions. Si la célèbre formule : « Unis nous sommes forts et divisés nous sommes faibles » [3] s’applique aux États-Unis, elle vaut tout autant pour l’Europe. L’Union européenne a besoin d’une armée, pour se défendre, et pour rester unie. Ce n’est pas une option. C’est une nécessité.

Source : SIPRI – Pour la Chine et la Russie, il s’agit d’estimations.

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Auteurs
Frédéric Mauroest chercheur associé au GRIP et avocat au barreau de Paris et au barreau de Bruxelles, spécialisé dans les questions de stratégie et de défense européenne, ainsi que celles relatives à l’équipement des forces armées.
Olivier Jehinest journaliste indépendant, collaborateur du blog Bruxelles 2 (B2).

Source site de l’article : Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité (GRIP)
31 Janvier 2019

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