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ARTICLE : "Les données au service de la résilience des territoires"

ARTICLE : "Les données au service de la résilience des territoires"

"La donnée au service de la résilience des territoires"

par Alexandre Papaemmanuel

« Et puis est venue l´idée la plus grandiose de toutes. En fait, nous avons réalisé une carte du pays, à l´échelle d´un mile pour un mile ! »

« L´avez-vous beaucoup utilisée ? » demandai-je.

« Elle n´a jamais été dépliée jusqu´à présent », dit Mein Herr. « Les fermiers ont protesté : ils ont dit qu´elle allait couvrir tout le pays et cacher le soleil ! Aussi nous utilisons maintenant le pays lui-même, comme sa propre carte, et je vous assure que cela convient presque aussi bien. »

Sylvie et Bruno, Lewis Carrol

***

A la faveur de la connectivité une carte numérique se superpose désormais aux réalités géographiques. Les projets de « smart cities » ou de « ville des intelligences » se multiplient à Paris, Dijon, Marseille, Lyon, Chartes, Toulouse, Grenoble et Rennes. Avec elles, une utopie s’impose, la technologie peut être au service d’une ville plus responsable et efficace. Concept longtemps réservé aux plaquettes marketing, « la ville des intelligences » investit désormais notre réalité.

L’extension de la superficie des villes et la densification de peuplement contribuent à la multiplication des données produites dans les centres urbains. Ces données sont par essence hétérogènes mais aussi vivantes car issues de réseaux physiques connectés . Leur maîtrise est précieuse puisqu’elle apporte une meilleure connaissance de la réalité d’un territoire et des évolutions qu’il sera amené à connaître. Pourtant, ce capital informationnel local est encore trop peu exploité.

En effet, la donnée valorisée est aujourd’hui principalement statistique, mobilisée pour des évaluations a posteriori et ne permettant aucun ajustement dynamique des politiques publiques. Or le management territorial doit désormais s’appuyer sur des indicateurs objectifs et incontestés de performance des politiques locales. La technologie doit accompagner une politique ancrée dans le réel. Ainsi, la «Five Minutes City » de Vancouver, le « 20-Minute Neighbourhood » de Melbourne, la « 20-Minute Living » de Portland, comme la ville « quart d’heure » de Paris, impose le local comme échelon répondant aux préoccupations citoyennes sur l’habitat, les finances publiques, la sécurité, les conditions de travail, l’accès aux services publics (éducation, loisirs). Ce niveau de lecture local donne tout son sens à l’extrême granularité des données à disposition et oblige à un réel outillage de la donnée au service de la définition et de la conduite des politiques publiques locales.

Parfois dévoyée et perçue justement avec méfiance, la donnée ne serait-elle pas l’échelle d’un nouveau « pacte jacobin » au service d’une meilleure articulation entre les différents niveaux de l’action publique ?

Il apparaît indispensable, non pas d’anticiper l’avenir, mais bien de se préparer au changement voire de participer à sa définition. Les écueils sont pourtant nombreux tant il est aisé de verser dans une forme de futurologie techno centrée (IoT, BigData, Blockchain, Machine Learning) qui finit par être déconnectée du réel, du cadre juridique et du marché.

Une ambition : la donnée d’intérêt territorial (DiT)

Une réappropriation de la donnée locale, souvent confisquée par des opérateurs privés, est nécessaires pour réhabiliter la performance publique. Au-delà de la publication en open data des données issues des missions de service public, le rapport Belot suggère de « créer un statut des données d’intérêt territorial produites par les entreprises ou associations ».

Entre ouverture des données et protections des libertés, le cadre légal français depuis 1978 est exemplaire. Ce qui est faisable avec la donnée n’est pas forcement souhaitable. C’est pourquoi ce cadre pourrait être accompagné d’outils et d’instances pour une exploitation raisonnée de la DiT. Ainsi une doctrine de la DiT semble devoir être pensée car les sources de données, parfois très riches, encouragent souvent des analyses imprévues, dévoyées, voire abusives, lourdes de conséquences sur la confiance des citoyens en l’institution. La création d’un organe de gouvernance des DiT, collège d'experts garantissant un usage responsable des données sensibles, s’impose, afin de prévenir de potentiels abus.

Cette stratégie « data volontariste » doit s’appuyer sur une organisation adaptée redonnant une marge de manœuvre aux collectivités territoriales (CT) face aux stratégies de désintermédiation portées par des acteurs privés, porteurs de la promesse d’un urbain fluide en contrepartie d’une exploitation massive des données personnelles.

Une organisation : le hub territorial

Si l’idée est séduisante et dans l’air du temps, la donnée doit être couplée à une finalité concrète et à des moyens de mise en œuvre. Les CT doivent "réinternaliser" certaines compétences car le jugement et l’expertise humaine seront toujours indispensables. Datascientist, Data Protection Officer, Data Chiefs Officers sont autant de fonctions au service de l’intérêt général modifiant profondément le rapport entre les agents, services, directions, les élus et les citoyens.

Dépassant la simple mise à disposition au plus grand nombre, la donnée peut alimenter la prise de décision procédant ainsi à une véritable recomposition des pouvoirs et des savoirs. Grâce à cette approche holistique par la donnée, chacun peut l’interroger et la croiser pour infléchir à son échelle, la définition ou la mise en œuvre de politiques publiques. Cette transformation redonne son sens à l’action des agents tout en l’inscrivant concrètement et techniquement dans une stratégie globale, maîtrisée par l’administration.

Un moyen : reprendre le contrôle de ses données

La technologie est un outil et non une fin en soi, c’est pourquoi l’action des CT doit s’appuyer sur une plateforme éprouvée, permettant la convergence de systèmes hétérogènes et de données éparses. Lors de la crise sanitaire, les CT ont fait preuve de réactivité par leur proximité terrain, valorisant l’action locale et rendant plus que jamais criante la nécessité de s’appuyer sur une info structure solide. De grands acteurs industriels et régaliens français s’appuient déjà sur un système d’exploitation de la donnée robuste répondant à trois qualités essentielles leur permettant de se concentrer exclusivement sur leurs réorganisations internes et leurs performances :

  • une couche d’intégration, de stockage, et de calcul, véritable armature au service d’une connexion immédiate à toutes les sources de données, quels que soient leurs volumes ou leurs structures. Les technologies actuelles permettent de déployer rapidement avec des résultats immédiats sans que cela ne soit coûteux ;
  • une couche de gestion donnant à la CT les moyens d’organiser et d’orchestrer en toute sécurité la totalité de son patrimoine de données ;
  • une couche d’analyse de la donnée apportant aux questions critiques, des réponses visuelles et aisément interprétable (taux de disponibilités des infrastructures locales, allocation des agents, gouvernance des politiques d’investissements, performance des réseaux de transport multimodaux, etc.).

Un fondement : la cyber sécurité

En dotant les CT de tableaux de bord sur-mesure et de rapports “vivant“, l’action publique gagne en performance tout en étant totalement synchronisée en interne (ville, quartier,..) et avec ses partenaires (agglomération, communauté de communes, etc.) animant ainsi une communauté éthique de la donnée territoriale. La CT est alors au centre du jeu, grâce à un pilotage stratégique et opérationnel au service des politiques municipales, la CT est alors au centre du jeu, gagnant en performance et en souveraineté. Cette valorisation doit s’accompagner de protection organise autour de trois principes :

  • Granularité : les données doivent être sécurisées avec un très haut niveau de spécificité. Les permissions des utilisateurs peuvent être centrées sur des données individuelles ou des sets de données entiers. Il convient de pouvoir créer différents degrés d’accès pour différents groupes d’utilisateurs, par exemple par niveau hiérarchique ou fonction et ainsi définir ce que les acteurs territoriaux peuvent découvrir, lire, modifier et supprimer.
  • Contrôles d’accès par rôle : Les administrateurs doivent être en mesure de définir les privilèges d’accès de manière flexible.
  • Propagation automatique des politiques de sécurité : Les politiques de sécurité appliquées à une source de données doivent se propager automatiquement en aval à toutes les applications et les ensembles de données dérivés alimentés par cette source.

Cette sécurisation est complémentaire d’une politique de gestion des droits et de traçabilité devant être garanties grâce à un système intégré d’authentification et d’autorisation qui s’étend à travers chaque couche, composant, application et service existant dans la plateforme.

La donnée pour mieux appréhender les dynamiques territoriales

Les manageurs territoriaux font face à des situations se complexifiant, nécessitant de pouvoir enrichir leur action grâce à une valorisation des données de terrain. En effet, en apportant des réponses graphiques, visuelles et aisément interprétables, de nombreuses actions locales gagnent à être pilotée par la donnée : les mobilités, la prévention et la sécurité publique, la gestion des infrastructures et des réseaux publiques, l’urbanisme, le développement économique, la transition écologique, comme la fiscalité locale et la gestion budgétaire municipale.

A titre d’exemple, le projet économique local et la politique de la ville, outil de développement local peuvent bénéficier de cette représentation et catégorisation des données, nouvelle approche « ontologique » du « développement économique » faite :

  • des entreprises présentes (celles exportatrices, leurs fournisseurs locaux comme les services aux entreprises) ainsi que de leurs secteurs d’activités,
  • d’équipements (infrastructure industrielles et culturelles, disponibilité, accessibilité́...),
  • de la main d’œuvre territoriale,
  • du dynamisme culturel,
  • de flux logistique (énergie, transport).

Grâce à ce cockpit du « développement économique » fédérant des données auparavant éparses, la municipalité peut disposer :

  • d’une visibilité sur l’ensemble de la chaîne logistique des fournisseurs contribuant aux opérations économiques locales,
  • d’une compréhension des dynamiques en termes d’emploi,
  • d’une capacité de prioriser les défis identifiés dans le « développement économique »,
  • de suivre les indicateurs de chaque territoire, quartier, zone dans le temps.

Sans être une simplification à outrance du complexe, une ontologie plus globale de la CT peut devenir possible à partir d’interrelations, d’interdépendances jusque-là ignorées. L’ontologie de la ville vivante fait fi des silos et s’émancipe des logiques propriétaires pour mettre en relations ce qui ne pouvait l’être, au service de l’émergence de nouvelles idées, approches et réalisations. Loin de la citation d’Alphaville sur les agents d’une ville nouvelle déclarant « Nous ne savons rien. Nous enregistrons, calculons et tirons des conclusions », désormais l’expert enrichit le généraliste, le local fertilise le central. Cette approche concrète par la donnée est au service du vivant, le sert, le met en évidence et le révèle.

Article transmis par l'auteur en personne
Source de l'articlewww.cyberterritoires.fr

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